Histoire

  • La Bibliothèque nationale suisse a 125 ans !

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    BN.jpgComparée à ses homologues, la Bibliothèque nationale suisse est toute jeune, et qu'est-ce que 125 ans quand le mandat qui lui est fixé l'est pour l'éternité ! Son mandat est légal, elle doit collecter tous les documents (manuscrits, images, photos, affiches, presse suisse...) qui concernent la Suisse. La traduction en slovène ou en hindi d'un romancier suisse arrive systématiquement à la BN à Berne par le réseau diplomatique ou d'autres réseaux (il n'existe pas de dépôt légal national en Suisse, mais des dépôts cantonaux). Plus de 5 millions de documents sont ainsi stockés dans deux magasins ultra-modernes en sous-sol et décrits dans son catalogue en ligne Helveticat. Les projets de numérisation sont nombreux notamment celui de la presse suisse accessible maintenant en ligne.

    Le bâtiment de la BN construit en 1930 est protégé, il s'inspire de l'école du Bauhaus, avec des lignes très épurées. Restaurée et informatisée dans les années 2000, la BN est un bel outil ouvert à tous-tes, avec une clientèle d'étudiants, d'enseignants, d'historiens. La littérature suisse est mise à l'honneur avec les Archives littéraires suisses, et le magnifique fonds des affiches et des peintures au travers du Cabinet des estampes.

    La BN c'est aussi la Phonothèque nationale à Lugano pour la musique et le son, le Centre Dürrenmatt à Neuchâtel.

    Jean-Philippe Accart

    Une vidéo vous permet de visiter la BN

    Ill. : La Poste suisse a émis un timbre pour célébrer les 125 ans de la BN

  • Les déambulations genevoises de Jorge Luis Borges

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    borges.jpgJorge Luis Borges, le plus célèbre écrivain argentin, vécut quelques années à Genève en tant que collégien au Collège Calvin. Ses parents devenus rentiers s'y étaient installés. Il se promena beaucoup dans la vieille ville, et aussi à la Jonction. Devenu non-voyant, il revint régulièrement dans la ville du bout du lac, se rappelant très bien des rues et des passages. Il est décédé à Genève et est enterré au cimetière des Rois, près de Plainpalais. L'émission de la RTS, Couleurs locales, nous le rappelait encore la semaine dernière.

    Malheureusement, il n'y a pas - encore - de "circuit littéraire" pour rappeler ces faits, comme il en existe dans d'autres villes. La ville de Trieste, au nord de l'Italie, a par exemple plusieurs parcours littéraires pour célébrer les nombreux écrivains qui y ont vécu : Italo Svevo, James Joyce, en passant par Umberto Saba ou Rainer Maria Rilke.

    Même si cela ne console pas beaucoup, la capitale argentine Buenos Aires ne célèbre que très peu cet immense écrivain, à peine une ou deux plaques sur certains bâtiments dont l'ancienne bibliothèque nationale dont il fut le directeur, et qui possède encore son bureau et quelques livres annotés de sa main.

    Jean-Philippe Accart

    Photo : la tombe de JL Borges à Genève - crédit : JP Accart

    Voir un autre billet consacré à J.L. Borges sur ce site

     

     

     

    http://jpaccart.blog.tdg.ch/archive/2016/03/20/le-reve-de-jorge-luis-borges-revisite-274915.html

  • Dans le secret des bibliothèques privées

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    bibliothèques_privees.jpgLes bibliothèques publiques, patrimoniales, scientifiques sont bien implantées et nombreuses en Suisse : rien que pour la ville de Genève, on dénombre 9 millions de documents *, ce qui est un chiffre qui dépasse ce que possède bien des villes comparables dans le monde.

    La revue "Domus Antica Helvetica" dans son son bulletin #70, 12/2019 a la bonne idée d'éditer un dossier spécial consacré aux bibliothèques privées et historiques en Suisse et les découvertes sont nombreuses. Quelques exemples après une introduction détaillée de Mme Marie-Christine Streuli :

    - la bibliothèque du Reposoir (Château du Reposoir, commune de Prégny-Chambésy, 1750), soit 2800 ouvrages ;

    - la bibliothèque du château d'Oron (Commune d'Oron-le-Châtel), 18 000 romans publiés à Paris entre 1750 et 1815 ;

    - la bibliothèque du Sprecherhaus (Commune de Maienfeld), 23 000 volumes répartis dans cinq pièces, le plus ancien datant de 1282 ;

    Et d'autres encore, le château de Burgistein(Canton de Berne, famille Von Graffenried) ou le très étonnant "Cabinet de littérature sentimentale" à Soleure.

    Ces bibliothèques privées sont le reflet de l'histoire d'une famille généralement bourgeoise ou aristocrate, d'érudits ou d'une succession de propriétaires qui ont racheté l'entièreté des biens d'une demeure. Certaines collections voient le jour avec Les lumières, les oeuvres de Voltaire ou Rousseau. Elles sont aussi le reflet d'une histoire de la Suisse, au milieu de l'Europe et refuge de bien des collectionneurs.

    Jean-Philippe Accart

    * voir la page Livres et bibliothèques à Genève sur le site de la Ville de Genève

  • Genève, la Ville-Monde

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    geneva.jpgPhilippe Burrin, personnalité de la Genève internationale, laisse sa place de directeur de l'IHEID et livre, dans son discours de départ, sa vision de Genève comme ville-monde. On peut trouver son discours in extenso sur le site d'Heidi News et c'est passionnant ! 

    Il débute son propos en citant Dostoïevski, un temps résidant genevois et qui en dresse un portrait pour le moins contrasté où l'on reconnait assez peu la Genève actuelle. L'arrivée de la Société des Nations (SDN) change bien évidemment ce portrait et insère Genève - et la Suisse ! - dans le concert des nations après la 1ere Guerre mondiale, ce qui ne s'est pas démenti depuis. P. Burrin cite à bon escient l'influence de Paul Otlet, père de la documentation et universaliste de renom, voyant dans Genève, la future capitale du monde (la Cité mondiale).

    Ce projet n'aboutit pas, mais après 1950, l'ONU installe son agence européenne, et 184 organisations internationales voient le jour, occupant quelque 25 000 fonctionnaires internationaux...

    Et enfin, pour citer Philippe Burrin lui-même : "La ville tient une place de premier plan dans le système de gouvernance globale parce qu’elle est à la fois une enceinte de négociation multilatérale et un centre d’opérations qui s’étendent au monde entier (travail, migrations, santé etc). Elle est à la fois l’une des plus petites villes mondiales et l’une des plus importantes, sinon la plus importante par rapport à sa population."

    Jean-Philippe Accart

     

    Lien permanent Catégories : Air du temps, Genève, Histoire, Humeur, Temps 0 commentaire
  • Photos : «Nous, saisonniers, saisonnières… Genève 1931-2019»

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    saisonnier.jpgGenève ne serait pas Genève sans ceux qui l'ont construite, aménagée, réparée... dans un passé encore pas si lointain, et notamment ces travailleurs saisonniers provenant de toute l'Europe, représentant au fil des ans plusieurs milliers de personnes. La libre circulation était encore loin, et ces travailleurs avaient besoin d'un permis de travail temporaire. Ils venaient généralement sans leurs familles, ou en les cachant. Beaucoup de femmes étrangères (entre 8 000 à 12 000) ont ainsi travaillé pour les familles aisées de Genève.

    L'espace culturel Le Commun au sein du Musée d’art moderne et contemporain de Genève (MAMCO) nous le rappelle a bon escient au travers de cette exposition sous l'angle de belles photographies en noir et blanc qui parlent d'elles-mêmes. Elles s'étalent sur une longue période, plus de 70 ans, et rendent un bel hommage à ces hommes et ces femmes, que les sociologues nomment comme étant un sous-prolétariat.

    Evidemment, Genève n'est pas une exception, beaucoup d'autres villes et d'autres pays ont fait appel à ce type de main d'oeuvre. Mais peu rendent hommage de cette manière à ces travailleurs et travailleuses, avec humanité.

    Jean-Philippe Accart

    Plus d'informations dans l'article de Daniele Mariani "Le travail précaire au temps des saisonniers" publié sur Swissinfo le 19 novembre 2019

     

     

  • L'histoire de Genève sous le prisme de ses bibliothèques

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    jvr-ombre-1.jpgPeu de Genevois le savent, mais leur ville est une des plus riches au monde en terme documentaire : les collections de ses bibliothèques, et ce depuis au moins de deux siècles, comptabilisent le plus grand nombre d'ouvrages par habitant, constituant un patrimoine documentaire, littéraire et scientifique inégalé. A l'heure où l'on parle de numérique, ces collections papier existent toujours, et occupent un grand nombre de professionnels : doit-on voir dans cette richesse documentaire une des clés de la réussite de Genève puisqu'elle nourrit les milliers d'étudiants et de professeurs ? Certainement. L'habitant lambda n'est pas exclu puisque le réseau des bibliothèques municipales de Genève est lui aussi très dynamique.

    La maison d'édition genevoise L'Esprit de la lettre publie un ouvrage à quatre mains intitulé "Histoire d’une (r)évolution | L’informatisation des bibliothèques à Genève 1963 – 2018 : là aussi, peu de Genevois le savent, mais l'histoire des bibliothèques suit de près celle de l'informatique. Plus rien - ou très peu - de transactions au sein d'une bibliothèque a à voir avec le papier : tout est informatisé par des systèmes de gestion de bibliothèques performants qui permettent de réaliser une multitude d'opérations.

    Les auteurs de cet ouvrages ont participé activement à l'évolution des bibliothèques genevoises, et il faut leur rendre cet hommage-là : ils ont accompagné toutes les transformations depuis une bonne quarantaine d'années, Alain Jacquesson en tant directeur de la Bibliothèque de Genève et Gabrielle Von Roten de l'Université de Genève.

    Sur le chemin de l'histoire, Genève peut aussi être vue sous le prisme de ses bibliothèques.

    Jean-Philippe Accart

  • Heidi au Japon

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    heidi.jpgHeidi est un des plus célèbres mythes suisses et il s'exporte même au Japon. En soi, cela n'a rien d'étonnant que la petite fille montagnarde créée par Johanna Spyri dans les années 1880 continue à faire rêver des générations d'enfants de par le monde, et même au pays du soleil levant : elle représente la quintessence d'une Suisse idéalisée, un petit pays niché au milieu des montagnes enneigées, d'une nature luxuriante, d'une vie simple et accessible.

    Traduit en 1920 au Japon, le roman Heidi connait un immense succès, amplifié par la suite en 1960 quand il est adapté par le cinéma d'animation japonais qui cherche alors un second souffle. Le succès dépasse même le Japon car il est adapté dans une vingtaine de pays. Le dessin animé pour enfants est alors lancé.

    Aujourd'hui, des milliers de touristes japonais visitent chaque année Maienfeld, le village grison considéré comme la patrie de Heidi.

    Le Musée national suisse à Zürich retrace dans une exposition jusqu'au 13 octobre 2019 l'aventure japonaise de Heidi dont le succès est dû au réalisateur de films d'animation Isao Takahata.

    Jean-Philippe Accart

  • Une politique culturelle pour Genève

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    BGE.jpgLe conseiller d'Etat Thierry Apothéloz vient de publier un document  qui dévoile ses ambitions pour une véritable politique culturelle à Genève. Aussi étonnant que cela paraisse, un tel document n'existait pas jusque-là... : il est vrai que la culture en ville et dans le canton de Genève apparait disparate et sans grande cohérence, même s'il existe de nombreux événements culturels dignes de ce nom. Or, vu le renom international de la ville, c'est pour le moins surprenant et pas en adéquation avec les richesses (culturelles, littéraires, artistiques, patrimoniales...) de celle-ci.

    Que propose le conseiller d'Etat ? Notamment que la constitution genevoise instaure une nouvelle gouvernance pour la culture entre les communes, les villes et le canton. Parmi les propositions : un rapprochement des Archives de l'Etat avec la Bibliothèque de Genève ce qui renforcerait un pôle patrimonial d'envergure ; la création d'un musée de la bande dessinée ; et enfin, une rétribution équitables des artistes.

    Ce projet est soumis à observations jusqu'au 30 septembre avant d'être présenté au Conseil d'Etat.

    Jean-Philippe Accart

    Illustrations : La Bibliothèque de Genève au Parc des Bastions

     

  • notreHistoire.ch : c'est votre histoire !

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    notrehistoire.jpg

    notreHistoire.ch est une plateforme en ligne collaborative : elle n'existe que parce que tout un chacun peut y participer, y déposer ses photos et vidéos ou des documents familiaux, personnels. Ce sont en quelque sorte des archives vivantes qui se dévoilent sous nos yeux. notreHistoire.ch a été lancé en 2009 par la FONSART (Fondation pour la sauvegarde du patrimoine audiovisuel de la RTS), en partenariat avec la RTS. Ouverte à tous, particuliers, institutions, associations, médias, sa consultation et son utilisation sont gratuites (après inscription pour le dépôt de documents).

    Un nouveau slogan vient d'être lancé « Quand les Romands écrivent leur histoire ! », slogan qui marque la rénovation de la plateforme : l'idée principale est de faire vivre l’histoire de la Suisse romande à travers la propre histoire de ses habitants. Près de 100'000 documents photos, vidéos, audios et écrits sont déjà rassemblés.

    La plateforme propose maintenant des entrées multiples, des galeries thématiques de documents composées par les membres ou dans les documents que chacun publie sur son profil, qu'il soit institutionnel ou privé. Un blog permet de se tenir au courant des nouveautés.

    Jean-Philippe Accart

    Ill. : 14 juin 1991, la grève des femmes à Neuchâtel 

  • Du voyage en ballon au drone : la Suisse vue du ciel

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    Lagginhorn_Eduard_Spelterini.jpgLa Bibliothèque nationale suisse (BN) à Berne possède des collections variées et sur tous types de supports concernant la Suisse (son mandat étant de collecter tout ce qui concerne la Suisse, même ce qui est publié sur la Suisse à l'étranger) : livres, journaux, revues, sites web, cartes et atlas, écrits académiques et de sociétés, publications officielles et documents musicaux.

    Ce qui nous occupe aujourd'hui sont ses collections photographiques que la BN met en valeur au travers d'expositions. "Vu du ciel" ("Von Oben"), la dernière en date visible jusqu'au 28 juin prochain, permet de mettre en valeur les travaux d'Eduard Spelterini, alias Eduard Schweizer (1852-1931) qui fut un des plus célèbres pionniers de la photographie aérienne au monde. 

    Pour raconter l’histoire de la photographie aérienne en Suisse, l’exposition prend comme point de départ les clichés d’Eduard Spelterini, des images conservées par le Cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale suisse. Puis viennent les photos faites par avion, par satellite et enfin par des drones. Une exposition virtuelle permet de mieux s'en rendre compte. Des visites sont organisées sur place

    Jean-Philippe Accart

    Illustration : photographie du Lagginhorn par Eduard Spelterini

  • 200 ans de littérature pour enfants et jeunes adultes : 6 000 ouvrages numérisés

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    Au travers de la numérisation de 6 000 ouvrages pour jeunes adultes sur une période de 200 ans (principalement de livres en anglais), nous pouvons apprendre beaucoup. Plusieurs genres ont prospéré : l’instruction religieuse, mais aussi des livres de langue et d’orthographe, des contes de fées, des codes de conduite, et, surtout, des livres d'aventure comme ceux de Jules Verne. Ces livres offrent une vue (très colonialiste) du vaste monde. Ils sont souvent publiés en série dans les journaux à partir des années 1890, et mêlent fiction, voyage, histoire naturelle et sciences.

    Mais d'autres genres prospèrent qui rencontrent un grand succès : la poésie avec Elfin Rhymes de Norman ou le fantastique avec le Magicien d'Oz de Frank L. Baum et le non moins célèbre Peter Pan de J. M. Barrie. Ils préfigurent la série des Harry Potter et bien d'autres encore.

    L'étude des 200 prochaines années de ce type de littérature sera certainement tout aussi passionnante.

    Jean-Philippe Accart

    Pour en savoir plus, suivre ce lien

  • Le Musée Voltaire à Genève vous accueille pour une "Nuit des Délices"

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    la_famille_du_duc_de_penthieevr121415.jpgPour celles et ceux qui ne connaissent pas - encore - ce musée dédié aux Lumières et sis en plein Genève, cette "Nuit des Délices" peut être l'occasion de le découvrir. Elle aura lieu le 5 février prochain à 18.30, et sera l'occasion de recréer l'ambiance d'un salon littéraire tel qu'il pouvait exister au 18è siècle...

    Deux récitants, Rose Marie Fuchs-Nicolas et Louis Martinet, prendront les rôles respectifs de Madame du Deffand et de Voltaire et liront des morceaux choisis de leur correspondance assidue qui dura plus de vingt-cinq ans.

    D'après les organisateurs de cette soirée, ces échanges épistolaires sont à la fois "éblouissants, élégants et facétieux". L'esprit du Siècle des Lumières sera bien présent le 5 février.

    Jean-Philippe Accart

    Entrée libre, mais places limitées. S'inscrire par mail à  communication.bge@ville-ge.ch

    Le Musée Voltaire fait partie de la Bibliothèque de Genève

    Ill. fr.muzeo.com

     

     

     

  • Conserver la mémoire à l'ère numérique : les archives en Suisse

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    entreprise-transformation-digitale-650x287.pngMémoire et numérique, passé et présent, archives et Suisse sont des mots-clés qui résument le livre de Gilbert Coutaz, directeur des Archives cantonales vaudoises, "Archives en Suisse". Qui mieux que lui pouvait entreprendre un tel ouvrage de synthèse sur des thèmes aussi essentiels de nos jours ? Gilbert Coutaz est en effet observateur et acteur dans ce domaine depuis de nombreuses années, il est à l'origine d'avancées importantes, avec le souci de transmettre savoirs et connaissances acquises notamment en enseignant à l'université (Lausanne, Berne...).

    A la croisée de nombreux chemins qui sont finalement ceux de nos vies (de notre naissance à notre mort, nos vies sont consignées, archivées, que ce soit sous forme papier et maintenant numérique) , l'auteur entreprend une plongée dans l'histoire des archives en Suisse qu'il dépeint comme étant entre fédéralisme et universalité.  Les archives sont bien entendu privées, mais également publiques (comme le furent les travaux de la Commission Bergier encore dans toutes les mémoires) et l'archiviste est au coeur de nombreuses transitions actuelles, même si nous n'en avons pas toujours conscience. G. Coutaz conclut cet excellent ouvrage (plus riche que ce qui en est dit ici) sur la nécessité de signer un "nouveau pacte" entre patrimoines, historiens, institutions et utilisateurs des archives.

    Jean-Philippe Accart

    Ouvrage édité aux Presses polytechniques et universitaires romandes, collection "Le savoir suisse"

    Voir aussi l'interview de Gilbert Coutaz dans Helvetica Historica, du 5 août 2018

    Ill. extraite du site suivant

  • Les tablettes ne sont pas que numériques : une découverte sur des tablettes d'argile du IIIè siècle

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    greece.jpgLe terme "tablette" désigne généralement un écran tactile en vue de lire une information, consulter un moteur de recherche, prendre des photographies, lire un article. Mais c'est aussi un support pour l'écriture ancienne, grecque notamment. Un texte d'Homère (des vers pour être plus précis) a ainsi été découvert sur une tablette faite en argile datant du IIIè siècle après J.-C. lors de fouilles archéologiques dans le Péloponèse, autour du Temple de Zeus, lieu des premiers Jeux olympiques. L’extrait est tiré du chant 14, décrivant le retour d’Ulysse sur son île d’Ithaque et sa rencontre avec son porcher, Eumaios, qui le croit mort.

    Il existe, dans toutes les cultures du monde, des textes inscrits sur de la pierre : c'était un des moyens de transmettre le savoir. Il y eu aussi l'utilisation du papyrus en Egypte ancienne, et toutes sortes d'autres matériaux, avant la découverte du papier et de l'imprimerie. Cependant, il n'est pas sûr qu'une tablette numérique dans 2000 ans puisse livrer ses secrets comme une tablette en argile.

    Jean-Philippe Accart

    Illustration Keystone/EPA Ministry of Culture Greece

  • 1000 ans d'histoire des villes européennes numérisés

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    venice.jpgFrédéric Kaplan, directeur du laboratoire Humanités numériques * à l'EPFL (le Digital Humanities Lab - DHLAB), a lancé il y a quelques annés l'idée qu'il était possible d'explorer le passé de Venise en numérisant 1000 années des archives de la ville. C'est le projet Venice Time Machine, sorte de machine à remonter le temps, thème qui a fait les beaux jours de la littérature de science fiction. Mais ce projet est bien réel, c'est à la fois un travail d'historien, d'archiviste et de chercheur.

    Une autre dimension du projet, européenne celle-là, voit le jour : il est candidat pour devenir un "superprojet" financé par l'UE à hauteur d'un milliard d'euros sur 10 ans. Cela permettrait la mise en place d'une infrastructure capable de numériser, cartographier et classer des millions de documents pour l'instant sur support papier. Des logiciels pourront décrypter des écritures anciennes ou manuscrites. Un moteur de recherche permettra de rechercher dans cette masse d'information (il devrait être prêt en juin selon F. Kaplan). Amsterdam, Dresde, Paris, Naples, Budapest souhaitent leur Time Machine.

    Bel exemple de croisement entre histoire, sciences et technologies.

    Jean-Philippe Accart

    * "Humanités numériques" dans le sens où les sciences humaines sont alliées à la technologie numérique

    Voir l'article de Wikipedia sur la Venice Time Machine et l'article du Monde du 6 mars 2018 sur ce sujet

    Illustration extraite de YouTube

  • La biodiversité en héritage : 2 millions d'illustrations en ligne

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    Biodiversity-1.jpgLe site Open Culture a annoncé le 15 novembre dernier la mise en ligne d'un total de 2 millions d'illustrations en botanique et histoire naturelle en open access. Ce projet, intitulé "The Biodiversity Heritage Library", est né en 2005. Il consiste dans la numérisation des riches collections spécialisées de bibliothèques américaines et européennes dont la liste ne fait que s'accroître. Au niveau suisse, on retrouve des ouvrages célèbres tels la "Faune des vertébrés de la Suisse" (1899) de Victor Fatio ou "Flora der Schweiz" (1840) de Johannes Hegetschweiler. 

    A l'heure où l'on alerte sur la disparition des espèces animales et des dangers que court la nature dans son ensemble, cette initiative nous rappelle l'incroyable diversité de la flore et de la faune sur la planète. The Biodiversity Heritage Library est de loin le projet mondial de numérisation le plus important pour la littérature de la biodiversité.

    Jean-Philippe Accart

    Illustration extraite du site The Biodiversity Heritage Library

  • Rencontre avec Alberto Manguel, héritier de Jorge Luis Borgès

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    manguel.jpgUn voyage à Buenos Aires - en vue de découvrir cette ville magnifique s'étirant au bord du Rio de La Plata - est aussi une manière de marcher dans les pas de Jorge Luis Borgès, auteur que j'avais déjà évoqué dans un précédent billet de ce blog. Les connexions de l'écrivain argentin avec la Suisse sont importantes car il y vécut enfant, et il repose maintenant au cimetière des Rois à Genève.

    Quoi de mieux que de rencontrer (même brièvement) son héritier spirituel en la personne d'Alberto Manguel, écrivain et directeur de la Bibliothèque nationale d'Argentine ? Celui-ci a bien voulu me recevoir et j'ai ainsi pu découvrir son projet de rénovation du bureau de Borgès dans l'ancienne bibliothèque nationale (calle Mexico 564) dont celui-ci fut le directeur entre 1955 et 1973. L'actuelle bibliothèque nationale n'a rien à voir avec l'ancien édifice, le nouvel édifice ressemblant à un énorme vaisseau extra-terrestre posé dans la ville. Cependant, un pays qui nomme à la tête d'une institution culturelle prestigieuse deux de ses plus grands écrivains ne peut mériter qu'une grande considération. 

    Retrouver les traces de l'écrivain Borgès dans Buenos Aires n'est pas aisé, rien n'est vraiment fait pour cela, contrairement à d'autres villes qui nous font vraiment suivre les chemins empruntés par leurs écrivains (on pense notamment à Trieste où vécurent Umberto Saba, Italo Svevo, Claudio Magris ; ou Ferrare avec Giorgio Bassani). S'il existe bien une Fondation Borgès créée en 1988 par sa veuve Maria Kodama ainsi qu'un centre culturel qui porte son nom, la rénovation du lieu où Borgès travailla pendant 18 ans, en plus de quelques dizaines d'ouvrages annotés de sa main possédés par la bibliothèque nationale, va contribuer à conserver sa mémoire. En attendant, il faut lire ou relire Borgès et son héritier Alberto Manguel qui se voit plus tard comme un futur "ermite". 

    Jean-Philippe Accart

    Lien permanent Catégories : Bibliothèque, Genève, Histoire, Voyage 0 commentaire
  • WonderAlp, le cabinet de curiosités au 21è siècle

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    dragon.jpgDébut 2016, je relatais le lancement de l'application WonderAlp dans ce blog, sorte de "cabinet de curiosités" nouveau style et tendance geek. Non content de cette expérience originale, l'expérience est étendue à un site web en trois langues (F-D-E), site web qui permet de mieux se rendre compte de ce que peut être un cabinet de curiosités.

    Réalisé à partir de livres de voyages anciens dans les Alpes, WonderAlp montre des images de dragons, fossiles, cristaux, plantes, animaux ou phénomènes naturels, et donne une "vision de la nature à la fois rationnelle et merveilleuse, savante et populaire". Entre les 16è et 17è siècles, la science était émerveillée par la nature. Le site est organisé en trois espaces (Les dragons des Alpes, Fossiles et cristaux, Des plantes aux paysages), et présente de nombreux objets découverts lors des premiers voyages dans les Alpes.

    Partez à la découverte des Alpes sous un angle original et explorez une autre histoire des savoirs sur cette région.

    Jean-Philippe Accart

    Voir sur YouTube les vidéos de lancement :

    - WonderAlp. Une science émerveillée. Les Alpes et la culture de la curiosité https://youtu.be/7XdFgTq55bA 

    - WonderAlp. Wonder and Science. The Alps and the Culture of Curiosity https://youtu.be/5gmj8a08Fjw

    - WonderAlp. Eine staunende Wissenschaft. Die Alpen und die Kultur der Wissbegier https://youtu.be/M4QYUlcGP9c

     

     

  • Madame de Staël entre dans La Pléiade

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    stael.jpg2017 est l'année du bicentenaire de la mort de Germaine de Staël, et cet événement est célébré à la fois en France et en Suisse. Très célèbre dans toute l'Europe à son époque pour défendre le rôle et la condition des femmes dans la société, elle est née à Paris en 1766 d'un père genevois, Jacques Necker (alors ministre des Finances de Louis XVI) et d’une mère vaudoise, Suzanne Curchod qui tenait un salon littéraire à Paris et recevait Diderot. Baignée par l'esprit des Lumières, elle écrit de nombreux ouvrages, essais et romans : De l'Allemagne ; Delphine ; De la littérature ; Corinne ou l'Italie...

    Peu appréciée par Napoléon (et réciproquement), elle se réfugie alors au Château de Coppet qu'elle hérite de son père et continue à écrire. Esprit libre, moderne et sensible, elle est une des rares femmes à entrer dans La Pléiade.

    Cet anniversaire est l'occasion d'un certain nombre de manifestations à Coppet, à Paris. Mme de Staël sera notamment interprétée par l'actrice Brigitte Fossey, au cours d'une pièce de théâtre retraçant sa confrontation avec Napoléon.

    Jean-Philippe Accart

    Madame de Staël, Œuvres, édition de Catriona Seth avec la collaboration de Valérie Cossy
    Parution le 20 Avril 2017
    Bibliothèque de la Pléiade, n° 621

    Bicentenaire Mme de Staël, Château de Coppet et Paris, d’avril à juillet. www.festivaldestael.ch 

  • L'EPFZ et le storytelling avec Explora

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    illustration_reinette-1600x4800.jpgVous connaissez le storytelling ou communication narrative ? "Le storytelling est littéralement le fait de raconter une histoire à des fins de communication. Dans un contexte marketing, le storytelling est le plus souvent le fait d’utiliser le récit dans la communication publicitaire". * La technique du storytelling doit normalement permettre de capter l’attention et de susciter l’émotion.

    La bibliothèque de l'EPFZ (Ecole polytechnique fédérale de Zürich- ETH) vient de lancer sa plateforme de storytelling Explora (en anglais et en allemand). La particularité à souligner de cette plateforme est qu'elle permet d'utiliser les collections graphiques de la bibliothèque et de créer des histoires à partir de celles-ci: les premières histoires reprennent par exemple les collections imprimées concernant la faune et la flore avec de magnifiques illustrations ; ou illustrent des évolutions technologiques comme les capacités de stockage de l'information. La prochaine histoire prévue pour juin décrira le pouvoir du marbre dans l'architecture. Il est possible d'obtenir plus d'informations en contactant l'EPFZ.

    Jean-Philippe Accart

    * Définition "L'Encyclopédie illustrée du marketing" - Egalement : "Comment BOOSTER votre chiffre d’affaire grâce au Storytelling : Le guide complet" par alexandrenhd

    Illustration provenant des collections de la bibliothèque EPFZ "Reinette Baumann"

  • Code Voynich : le plus mystérieux des manuscrits va-t-il (enfin) livrer ses secrets ?

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    voynich.jpgEn 2017, la maison d'édition espagnole Siloe à Burgos sera le premier éditeur à publier l'un des manuscrits les plus mystérieux de tous les temps, le célèbre Code Voynich (du nom de son découvreur en 1912 en Italie, l'antiquaire Wilfrid Voynich). Il sera diffusé à 1 000 exemplaires et chaque reproduction vendue entre 7.000 et 8.000 euros. Près de 300 acheteurs ont déjà réservé un exemplaire.

    Enigmatique comme une intrigue d'un roman d'Umberto Eco, ce manuscrit médiéval n'a jamais pu être déchiffré, même par les plus grands cryptographes. Il mélange des mots, des images, des plantes, des animaux. Attribué à Leonard de Vinci, (mais la datation au carbone 14 du vélin montre qu’il a été fabriqué entre 1404 et 1438), il est la propriété de la bibliothèque Beinecke, de l'université Yale aux Etats-Unis, une des plus riches bibliothèques patrimoniales du monde. 

    18 mois vont être nécessaires pour fabriquer le premier fac-similé de ce manuscrit de 200 pages, guère plus grand qu'un livre de poche. Le processus a débuté en avril dernier. Le papier utilisé par Siloe a été traité d'une façon particulière pour ressembler au vélin d'origine. La diffusion à une plus grande échelle de ce manuscrit permettra peut-être de le déchiffrer ?

    Jean-Philippe Accart

    Ill. et pour en savoir plus, suivre ce lien

  • Frankenstein à Genève

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    shelley.jpgLa Fondation Martin Bodmer offre à voir une passionnante exposition sur Mary Shelley et son célèbre héros Frankenstein*, roman qu'elle rédigea en partie à Genève en 1816, soit il y a exactement 200 ans. Elle a 19 ans à cette époque, elle est encore la jeune Mary Godwin et la première question qui vient à l'esprit est : "Comment une jeune fille vivant dans un endroit aussi charmant qu'une belle villa patricienne - la villa Diodati ** - sur les bords du lac Léman a-t-elle pu inventer un tel personnage ?". La réponse se trouve certainement dans l'exposition elle-même, ainsi que dans une série de manifestations qui ont lieu de façon concomitante à la Fondation Brocher, au Château de Chillon (qui présente une autre exposition "Byron is back !), à l'Université de Genève et aux Cinémas du Grütli.

    Le choix d'une telle exposition à Genève apparaît bien sûr comme une évidence. Un autre élément est le fait que ce roman, Frankenstein, est maintenant intégré dans la littérature mondiale que la Fondation Bodmer a pour objectif de répertorier dans sa collection "Weltliteratur". Intemporel de par ses accents humanistes - plus importants en réalité que sa partie "horrifique" - ce roman est certainement à relire et méritait bien une telle exposition pour en comprendre la genèse.

    Jean-Philippe Accart

    * Exposition jusqu'au 9 octobre 2016

    ** La villa Diodati est célèbre pour avoir eu comme hôtes Lord Byron, Percy Shelley et Mary Shelley. Elle est bien culturel suisse d'importance nationale

    Lien permanent Catégories : Exposition, Genève, Histoire, Suisse 0 commentaire
  • Mémoire et numérique : les archives en Suisse

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    archivesCH.jpgMémoire et numérique, passé et présent, archives et Suisse sont des mots-clés qui résument ce livre de Gilbert Coutaz, directeur des Archives cantonales vaudoises. Qui mieux que lui pouvait entreprendre un tel ouvrage de synthèse sur des thèmes aussi essentiels de nos jours ? Gilbert Coutaz est en effet observateur et acteur dans ce domaine depuis de nombreuses années, il est à l'origine d'avancées importantes, avec le souci de transmettre savoirs et connaissances acquises notamment en enseignant à l'université (Lausanne, Berne...).

    A la croisée de nombreux chemins qui sont finalement ceux de nos vies (de notre naissance à notre mort, nos vies sont consignées, archivées, que ce soit sous forme papier et maintenant numérique) , l'auteur entreprend une plongée dans l'histoire des archives en Suisse qu'il dépeint comme étant entre fédéralisme et universalité.  Les archives sont bien entendu privées, mais également publiques (comme le furent les travaux de la Commission Bergier encore dans toutes les mémoires) et l'archiviste est au coeur de nombreuses transitions actuelles, même si nous n'en avons pas toujours conscience. G. Coutaz conclut cet excellent ouvrage (plus riche que ce qui en est dit ici) sur la nécessité de signer un "nouveau pacte" entre patrimoines, historiens, institutions et utilisateurs des archives.

    Jean-Philippe Accart

    Ouvrage édité aux Presses polytechniques et universitaires romandes, collection "Le savoir suisse"

  • Le "cabinet de curiosités" réinventé avec WonderAlp

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    wonderalp.jpgWonderAlp a été lancée l'automne dernier par Claude Reichler de  l'université de Lausanne: c'est une nouvelle application d’un cabinet de curiosités interactif qui met sous un jour nouveau ces fameuses collections de curiosités des XVIIe et XVIIIe siècles.

    Les objets exposés sous forme d'images proviennent  de l’ouvrage de Johann Jakob Scheuchzer  Itinera per Helvetiae alpinas regiones (1723) et de celui de Johann Gerhard Andreae, paru en 1776, les Briefe aus der Schweiz, tous deux richement illustrés. L’application comprend trois espaces : « Les dragons des Alpes », « Fossiles et cristaux », « Des plantes aux paysages » avec chacun 12 écrans ; il est possible de zoomer sur les images, accompagnées chacune d'audios. Les objets sont décrits grâce à des étiquettes. En bref, c'est à une véritable lecture enrichie (ou lecture augmentée) et une redécouverte de ces curiosités auxquelles nous sommes conviés.

    Jean-Philippe Accart

    L'application WonderAlp est disponible dans GooglePlay et pour iPhone et iPad

    Conception de l'application par l'agence Bread & Butter (Lausanne)

  • Le rêve de Jorge Luis Borges revisité en mode virtuel

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    borges.pngL'écrivain argentin Jorge Luis Borges (1899-1986) était un amoureux de Genève où il vécut enfant et où il est enterré au cimetière des Rois, près de la place de Plainpalais: une visite sur sa tombe est toujours un moment émouvant.

    Il dirigea la Bibliothèque nationale d'Argentine à Buenos Aires, et fut un écrivain célèbre pour son imaginaire déroutant et complexe.

    Dans un de ses ouvrages les plus connus "La Bibliothèque de Babel », il propose une description minutieuse de l'univers qu'il conçoit comme une bibliothèque, avec des pièces hexagonales interconnectées par des couloirs menant à d'autres hexagones identiques, chaque pièce étant remplies d'étagères de livres. 

    Jonathan Basile, auteur newyorkais, est fasciné par l'écrivain argentin : il a décidé de recréer sur le site Library of Babel au moyen de lignes de code toutes les combinaisons possibles de lettres jusqu’à parvenir à les ranger dans les livres virtuels. Une bibliothèque virtuelle ainsi créé regrouperait l’intégralité des œuvres possibles. Une bibliothèque de Babel virtuelle infinie en somme. Une autre utopie qui ne déplairait par à Borgès lui-même, maître en la matière.

    Jean-Philippe Accart